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Arène orc victorieux

Une chronique.

Informations RP

Chapitre huit. Lokdanor.

Étrange quartier de la ville fait de tentes et de lourds bâtiments, de rues serpentines et d'autres larges où s'amassait une foule cosmopolite.

L'odeur qui émanait du quartier était immonde : on vendait ça-et-là des saucisses grillées, ailleurs de vieilles carnes lâchaient leur fumier en pleine rue, et l'odeur métallique du sang flottait un peu partout. Sserkis et Marcus remarquèrent néanmoins dans cette étrange foule la présence de semi-orcs portant une sorte d'uniforme royal faisant penser aux temps d'avant la République. Cela leur allait ridiculement mal, avec leur gueule à trois yeux et leurs longues défenses de phacochères. En fait, rien n'aurait pu être aussi grotesque, se disait Marcus. Ce doit être là la Garde personnelle de celui qu'on appelle le Prince.

Sserkis lui, compta beaucoup d'Elfes des Mers dans les rangs de la populace, mais aucun elfe des autres maisons. C'est au moment précis où il en arrivait à cette conclusion qu'ils tombèrent tous deux sur le plus étrange spectacle depuis l'apparition de l'homme-serpent : un elfe aux yeux littéralement noirs, comme des lacs aperçus vers le sombre minuit. Il était grand, plus grand que la plupart des autres personnes, très mince, comme tous ceux de sa race, mais avait des yeux... sans blanc. Marcus interrogea un passant sur cet étrange elfe qui ne semblait appartenir à aucune Maison. L'homme, un brin irrité d'être accosté dans la rue, lui répondit que c'était un elfe de la maison Draï-Razal-R'ynn, et que tous avaient muté lors de la bataille d'Ultima, lorsque la bombe avait sauté. La bombe ? Quelle bombe ? Eh-bien, avait répondu l'homme, pressé d'en finir, le projet de Solution Finale fonctionnant avec la magie des Elfes, la science des Nains, le financement des Gnomes et la mise en place des Humains. Apparemment, quelque chose avait foiré et le Voile Noir avait recouvert la terre avant de disparaître et revenir comme s'il était animé de sa propre volonté. Et l'homme s'en fut dans l'océan humain.

Ainsi, c'était bien à Ultima que s'était joué le destin de ce monde... Marcus se rapprocha de l'elfe noir.

"Salut à toi, Draï-Razal-R'ynn."

"Salut à toi, chien d'humain. Tu oses adresser la parole à un fils de R'ynnat S'eek'loon ?"

R'ynnat S'eek'loon, le maître incontesté de leur Maison... et ces Elfes étaient toujours aussi haineux et racistes, visiblement. La mutation ne les avait pas rendu plus intelligents.

"Je ne cherchais pas vous blesser, ô votre sérénissime seigneurie."

"Épargne-moi tes salades, sous-Elfe."

"Je sais, vous êtes « la race des Seigneurs », etc, etc. Je cherche juste l'arène en fait."

L'elfe tourna les talons sans répondre, visiblement outré qu'on le dérange pour si peu. Sserkis avait fait mieux de son côté : il avait appris de la gueule d'un semi-orc que l'arène se trouvait à quelques centaines de mètres en tournant à gauche, et que c'était Rak Lafouine qui s'occupait des paris, sous le haut patronage du Prince de Lokdanor. Marcus n'avait toujours pas la moindre idée de l'organisation des quartiers. À première vue, chaque quartier était organisé de manière différente. Lokdanor était régi par une organisation visiblement criminelle, celle du Prince, le centre-ville régi par un Shérif qui n'avait aucune autorité et n'était même pas reconnu par la Milice, Sarmath par une autre bande criminelle, appelée le Klan. Les faubourgs par cette milice de noir vêtue qui houspillait sans cesse les gens. Et il devait rester encore d'autres quartiers, donc potentiellement d'autres bandes... plus cette police secrète qui ne lui inspirait rien de bon.

Dans quel piège s'était-il fourré ? Ainsi allaient ses réflexions tandis qu'il marchait vers l'arène. Les vivats et les clameurs résonnèrent alors qu'il était encore loin. Il entendit nettement la foule encourager Le Beau Louis. Marcus gagna finalement le périmètre de l'arène et jeta un œil curieux au combat. Le duel semblait équilibré, les deux combattants se battaient avec un glaive et un bouclier. Il repéra rapidement le bien-nommé Rak Lafouine aux premières loges. C'était un petit homme maigrelet aux joues profondément creusées, comme s'il avait trop pleuré et que les larmes avaient creusé ses joues. Il était entouré de deux gardes du corps semi-orcs aussi bien bâtis que des montagnes. C'était lui l'homme à voir pour se faire prendre comme combattant, aussi Marcus attendit-il la fin du spectacle, qui se solda par la mort du second protagoniste, un certain Merek, pour venir saluer Lafouine.

Les six yeux des gardes du corps le fixaient intensément alors qu'il approchait. Rak Lafouine, lui, plaisantait avec un ami en sniffant un rail de néraïne qui donna l'eau à la bouche à Marcus.

"Salutations. Je suis Marcus Jupi..."

"Chut, tu me déranges, grand dadais. Je discute, tu vois pas ?? *S'écria d'une voix nasillarde le petit homme*.

"Désolé de vous interrompre, mais j'étais gladiateur avant que tout ne parte en vrille et je..."

"T'es sourd ou tu fais exprès ? J'ai dit ta gueule ! Sserkis posa sa main sur l'épaule de Marcus, mais ce dernier la rejeta d'une chiquenaude."

"C'est toi qui es sourd. Tu as besoin de bons combattants : je suis le meilleur."

Il y eut un grand silence suivi d'une crise d'hilarité générale. Si le rire des semi-orcs résonnait comme un bourdon, celui de Rak assassinait les tympans de Marcus et Sserkis.

"Tu me fais rire, andouille".

"Ca, je le vois bien."

"Ma parole, t'es un comique, toi, un vrai guignol !"

"C'est fou, tu dois être la troisième personne à me dire ça en l'espace de..."

"Tais-toi un peu. Je te laisse une dernière chance, tu vois pas ? Après, tu passes directement contre Monsieur, dit-il en tapotant affectueusement la tête chauve d'un de ses gardes du corps."

"Avec moi, le Prince se fera un beau pacson, je peux te l'assurer."

"Têtu, avec ça. Et ton copain, il combat aussi ?"

"Oui" dit Sserkis d'une voix mal assurée.

"Hum. Bon, ce qu'on va faire pour rigoler, c'est organiser un combat entre toi et Drog ici présent. Si tu survis, je te fais entrer dans la compétition. Si tu meurs, je fais aussi crever ton petit copain, rien que pour t'apprendre ! Et j'ouvre les paris !" Scanda-t-il.

La foule rugit à l'unisson : "À mort ! À mort ! Drog ! Drog !"

"Allez, descends dans l'arène, mauviette."

"On se revoit bientôt, Sserkis."

"Bonne chance, mon ami. Mon ami."

De drôles de mots venant d'un paria. Mais qui lui réchauffèrent le cœur. En effet, Sserkis était devenu son ami depuis le temps. Et il allait tâcher de ne pas mourir pour lui éviter un sort similaire. Il descendit donc dans la fosse, où on lui donna un glaive et un bouclier de fer déjà cabossé. Il fit quelques moulinets de la main droite, qui tenait la lame. Un bon duel dans les règles, comme au bon vieux temps. Drog descendit aussi, mais beaucoup plus lentement. S'il était massif, il semblait peu agile. On lui amena une gigantesque hache. Impossible de parer de sa lame, celle-ci serait brisée sous la violence du choc. Le bouclier, lui, devrait tenir... en principe. Le mieux serait d'esquiver les coups. Marcus se sentait en confiance. Il s'échauffa rapidement tandis que Lafouine hurlait dans un étrange appareil :

"Chers citoyens de Luminis ! Bienvenue à l'arène de Lokdanor ! Vous venez voir couler le sang et trancher la chair, et vous allez être servis ! Devant vous, un solide semi-orc dans la force de l'âge, en la personne d'un de mes propres gardes du cooooorps ! Et à ses côtés, le challenger, le fier Marcus dont-le-nom-m'échappe, bref, celui qui va être bon pour nourrir les cochons ! Venez parier votre argent, vous ne le regretterez pas ! Le combat commence dans une minute ! Préparez-vouuuuuuuuuus !"

Les acclamations de la foule. Le regard froid et inquiet de Sserkis. La voix de l'Homme qui lui revenait en mémoire. Tout sembla tourner au ralenti. Les bouches s'ouvraient et se refermaient lentement, très lentement, au rythme d'une morte saison. Les bouches semblaient dessiner des « o » et des « a ». Les poitrines se soulevaient, les bras s'élançaient vers les cieux. Son rythme cardiaque qui s'accélérait. L'adrénaline qui montait, montait, montait en lui.

"Je vous salue Notre-Dame-des-Damnés Néraï soit avec Vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes et bénie soit la Chair qui sommeille en Vous. Sainte mère des pauvres et des indigents, priez pour que la chair triomphe et que le sang coule maintenant, et à l'heure de notre mort, Amen".

Ding !

Drog se rapprocha, pataude créature qui semblait fort désireuse de lui fracasser le crâne à grands coups de hache. Les deux adversaires se tournèrent autour. Marcus savait que le premier à tenter quelque chose commettrait une erreur. Tous les bons combattants savaient cela, et Drog ne semblait pas faire exception. Il allait devoir le provoquer pour obtenir une réaction.

"Allez, gros tas de merde, tu crois que tu me fais peur ?" On l'acclama dans la foule.

L'énorme monstre beugla et frappa le sol d'un grand coup de pied qui envoya du sable dans les yeux de Marcus. Il baissa sa garde pour s'essuyer les yeux instinctivement, et Drog en profita pour se précipiter sur lui. Marcus réussit néanmoins à esquiver le coup de hache en se jetant sur le côté. Il pleurait à cause du sable, sa ruse avait lamentablement échoué.

"Alors, c'est comme ça que tu veux la jouer ? Il n'est pas trop tard pour parier, pariez donc sur la mort de ce minable et allez ensuite dépenser votre or au Paquebot !" Rugit Lafouine dans son étrange appareil.

Drog, lui, visiblement mis en confiance par son geste, tenta une attaque latérale qu'esquiva aisément Marcus. Il trancha dans le bras droit de Drog au même moment et roula en arrière pour éviter la riposte. Drog hurla de douleur et la foule de plaisir. Estomaqué, Lafouine ne dit mot. Drog mugit et tenta de décapiter Jupitor d'un violent coup de hache, qui vint violemment percuter le bouclier de fer. Le coup fit crier Marcus, tant la douleur résonnait dans son corps entier. Drog en profita pour le charger et l'envoya bouler d'un violent coup d'épaule. Marcus roula au sol sous les vivats du public. Drog leva les deux bras en signe de triomphe. Puis il se rapprocha du corps à vif de Marcus Jupitor, et leva bien haut sa hache. Le ralenti revint, et le gladiateur dévisagea un à un les spectateurs, alors que la hache toujours plus haut s'élevait. Le temps semblait suspendu. Sserkis qui faisait grise mine, Lafouine qui jubilait.

Et, là, au centre... non, était-ce possible...? Lui ! L'Homme ! Il se tenait là, bien droit dans sa robe de bure, les yeux déformés par un sentiment indescriptible. Le Début et la Fin.

"Et Il se tiendra droit dans l'arène face au dragon, car Il a été choisi parmi les étoiles. Gloire à Son nom, qui deviendra légende lorsqu'Il expirera sur la croix. Crois-en moi car je m'appelle multitude et que je suis partout. Lève-toi et tue."

Et alors, au moment même où la hache s'abattait sur son cou, Marcus reprit conscience et enfonça sa lame dans le genou gauche de la chose jusqu'à ce qu'elle ressorte. Il la retira prestement, insensible aux hurlements de Drog et de la foule, et passa le semi-orc par le fil de son épée, une fois, puis une seconde, puis une troisième fois. Et enfin, le monstre s'abattit au sol.

Marcus, complètement sonné, fut salué par tous les spectateurs qui se levèrent au comble de l'hystérie. Rak Lafouine restait bouche-bée. Sserkis semblait murmurer une prière et l'Homme... où était-il ? Il avait disparu ! Il était bien là pourtant, tous l'avaient entendu ! Non...? Sserkis sauta dans l'arène et vint le féliciter. Lafouine descendit pas à pas, comme s'il redoutait de tomber, et lui apporta une bourse remplie d'or.

"Je me suis trompé sur toi... mais c'est bizarre, tu semblais vraiment dans les vapes, tu as fait semblant ou quoi ? Tu n'es pas un sorcier au moins ? Je ne veux pas d'ennuis, moi."

"Hein ? Non, je, j'ai fait semblant. Ca a marché."

"Bon. Dans tous les cas, j'aurai besoin de tes services bientôt. Je te ferai savoir."

"Tu sauras où me trouver ?"

"Le Prince sait toujours où te trouver, et par conséquent, ses hommes aussi."

"D'accord. Allez, salut."

Marcus lâcha un soupir de soulagement. Il s'en était fallu de peu. Cette saloperie avait failli l'avoir ! Mais il s'en était sorti... et sans sorcellerie ou sans cette force qui l'avait animé à deux reprises déjà. Sserkis lui sourit et les deux amis s'engagèrent dans l'artère qui menait jusqu'au centre-ville. Malheureusement pour eux, ils tombèrent net sur un groupe d'une dizaine de loubards. Des Elfes des mers, encore eux !

"Qu'est-ce que vous vous..." Marcus prit le pied botté en pleine tempe.

Un coup de pied haut bien placé, pour sûr. Les Elfes des Mers appelaient ça le Mar'vewal, ce qui signifiait raz-de-marée. Un art martial qui remontait à la nuit des temps et qui avait comme spécialisé le coup de pied circulaire. Marcus en eut un parfait exemple alors qu'il s'abattait au sol. Sserkis, lui, avait été maîtrisé par une prise et recevait coup de poings dans le ventre sur coup de poing. Le gladiateur tenta de renverser un des elfes mais se fit marcher sur les mains et reçut un fabuleux coup de pied en pleine mâchoire. C'est la tête à l'envers qu'il reconnut une silhouette bien familière... celle d'un elfe à la peau bleu-nuit et à l'œil crevé.

Poing
"Haldur le Borgne... C'est pas vrai..."

"Marcus Jupitor et son nouveau petit copain, comme on se retrouve. Le monde est bien petit, y'a pas à dire"

"Tu veux pas dire à tes amis de lâcher Sserkis ? Cracha-t-il avec du sang."

"Mmm ? Oh, si, suis-je distrait. Arrêtez, vous autres." Le gang lâcha Sserkis qui tomba à la renverse.

"Qu'est-ce que vous nous voulez ?"

"Rien de spécial cette fois-ci, juste votre or. Fouillez-les."

On les fouilla et ils trouvèrent l'or, bien évidemment.

"C'est la deuxième fois aujourd'hui qu'on nous vole."

"Ah, la Milice et son fringuant Intendant son déjà passés par là ? Pas de chance. Peut-être que tu aurais dû accepter ma mission."

"Quelle était la cible, d'ailleurs ?"

"Tatata, on ne dévoile pas ce genre de secrets à ses ennemis. Parce que je suis foncièrement bon, je vais te laisser en vie, toi et ton ami, et vous allez ramper hors de la mer de corail."

"La quoi ?"

"Tous les quartiers hormis le centre ville, Sarmath et Syrneth sont considérés par les nôtres comme la mer de Corail. C'est cette mer que nous écumons, nous, les Écumeurs de Luminis !"

"Tu te crois encore au bon vieux temps des pirates ?"

"Ma foi, dans une ville où l'ordre n'est assuré par personne hormis les gangs, il est bien naturel d'y trouver des pirates, non ? Et entre nous, les bateaux, ça faisait un peu dépassé. Allez, on y va." Et pour donner plus de sens à ses mots, il décocha un joyeux coup de pied à Marcus.

Informations HRP

Extrait du roman de Serenera de dark fantasy tiré d'Elechos. Sachez que dans cette version, les noms usuels ont été conservé, mais que dans le roman, ils ont été changés, comme tout le background qui n'a plus rien à voir avec celui de l'ancien Elechos.